Avec une certaine malice, Claire Decet nous invite à explorer nos sens par la transversale. Faire l’expérience pour redéfinir la perception. Toucher, observer, sentir, goûter sont autant d’actions qui définissent le vocabulaire de l’artiste.
Pour sa résidence « À vos Arts », la jeune femme poursuit sa réflexion sur les aspects culturels, éthiques et sociaux de la nourriture en prenant l’huître pour inspiration.
Réalisé dans son atelier, et exposé à Montgermont, son diptyque d’image nous montre les deux faces du mollusque. Le cadrage serré, l’absence de décor ainsi que la lumière frontale bouleversent la grande tradition des natures mortes et éloignent ces tableaux du domaine décoratif. Imposante par son format, l’huître devient quasi abstraite et offre un paysage chromatique étonnant. Plus qu’un exercice de style où l’artiste nous donne à voir la maîtrise parfaite de son médium, ces peintures à l’huile nous présentent une créature hybride : de sa coquille rocailleuse à sa chair comestible, l’huître est certainement l’un des mets les plus fascinants.
La fascination, un thème que la jeune femme explore continuellement et qu’elle semble apprécier plus que tout. Ici malmené par son contraire, à savoir la répulsion, l’attrait est constamment court-circuité. La curiosité laisse place au dégoût, les deux notions s’alternant à l’infini afin de créer un pôle aimanté.
Pour son deuxième site de résidence, l’artiste donne naissance à une utopie écologique. L’installation de la Chapelle-des-Fougeretz met en scène une cordelette de fleurs aux pétales rocailleuses, abritant des perles translucides, moelleuses et surtout comestibles. Un gazon fraisier pousse de manière élégante et disciplinée au milieu des lattes de bois.
Autant dire que les choses ne sont pas vraiment à leur place. Dans cet espace surréaliste, la roche bourgeonne (l’huître-fleur), le solide acquiert des propriétés malléables (sa perle-litchi), et le plancher se transforme en potager. Jardinière et cuisinière, l’artiste devient une femme d’intérieur modèle, à ceci près qu’elle ne joue pas à la plante verte. Plutôt magicienne, elle réfléchit au pouvoir de la nourriture : métamorphoser une huître perlière en fleur à mâcher pour réveiller les langues et les esprits. Et comment faire fructifier le jardin intérieur cher aux voltairiens, sinon en cultivant un fraisier à l’intérieur de son appartement ?
Décloisonner les espaces physiques et sensitifs, poser les questions et soumettre des réponses ludiques, voilà les principaux axes qui synthétisent la recherche de la plasticienne. À ceux-ci s’ajoute le sourire dicté par les papilles, imprimé sur le visage des quelques chanceux qui ont tenté l’expérience de cette nourriture déroutante mais ô combien nutritive.
Justin Morin.